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La Ségrégation, une victoire amère
de la Guerre de Sécession

 
  A.V.L.  
 

La Guerre de Sécession est considérée comme une étape clé en ce qui concerne la fin de l'esclavagisme aux Etats-Unis. Cette guerre civile opposant le Sud esclavagiste au Nord industrialisé, ne peut être que bénéfique à la situation des Noirs. C'est en tout cas ce que ces derniers imaginent à l'époque. Ils sont donc nombreux à s'engager dans l'armée nordiste, suite à la proclamation d'émancipation d'Abraham Lincoln. Malheureusement, la situation se retourne contre les Noirs, dès la fin de la guerre. Avec la reconstruction apparaît la ségrégation, qui dominera longtemps le paysage américain.

 
 

Le Roi coton contre l'industrialisation

La Guerre de Sécession marque une étape importante pour l'émancipation des Noirs. Le Nord, où l'esclavage a alors presque totalement disparu, accepte de moins en moins la tutelle du Sud. Ce dernier est cependant loin d'être prêt à se séparer de l'institution florissante et lucrative que constitue l'esclavagisme. Pour rappel, c'est la période où l'industrie du coton est à son paroxysme. On parle alors de « King Coton ». Les propriétaires du Sud veulent à tout prix conserver leur patrimoine. Les Etats-Unis sont en pleine expansion et les différents secteurs du Nord s'industrialisent graduellement. Pour les colons de l'Ouest se pose la question de savoir s'il serait mieux de suivre le modèle esclavagiste du Sud ou le capitalisme industriel du Nord. Le « Roi coton », cultivé uniquement dans le Sud, domine cependant toujours les échanges aux Etats-Unis et le Sud espère, de ce fait, garder sa prédominance sur le Nord.

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Vers la guerre civile

Pourtant, ce n'est pas tant cette problématique qui sera à l'origine de la Guerre de Sécession, mais bien l'élection du candidat républicain Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis, en 1860. Le Sud est alors complètement dépassé pas l'évolution industrielle du Nord et les Etats-Unis sont divisés de toutes parts. Les intérêts économiques divergent totalement entre les deux parties du continent (le Nord protectionniste et le Sud exportateur). En réaction à l'élection d'Abraham Lincoln, un Président anti-esclavagiste, onze états du Sud décident de quitter l'Union pour proclamer une nation indépendante : les Etats confédérés d'Amérique (Caroline du Sud, Mississipi, Floride, Alabama, Géorgie, Louisiane, Texas, Virginie, Arkansas, Tennessee, Caroline du Nord). Eclate alors la Guerre de Sécession (1861-1865). Le but pour Abraham Lincoln n'est pas de supprimer l'esclavage ou encore d'offrir l'égalité aux Noirs, mais bien de sauvegarder l'Union. Selon Bernard Vincent, « Le racisme largement répandu dans le Nord n'aurait pas permis initialement que ce fût une guerre de libération » [1]. Cependant, les Noirs et les abolitionnistes blancs comprennent rapidement qu'une victoire du Nord sur le Sud pourrait bien signifier la fin de l'esclavage.

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Une victoire amère pour les Noirs du Sud

Dès le début de la guerre, de nombreux Noirs du Sud ont fui leurs plantations en espérant intégrer l'armée du Nord. Pourtant, au départ - tout comme cela avait été le cas lors de la guerre d'Indépendance - les Blancs du Nord refusent d'engager des Noirs dans l'armée. Ils estiment que ceux-ci ne constituent pas d'assez bonnes recrues. Mais voyant que la guerre ne se passe pas comme prévu (après avoir essuyé différents échecs lors de batailles importantes et perdu de nombreux soldats nordistes), la politique change radicalement. En 1862, Abraham Lincoln est autorisé à utiliser des forces noires. La proclamation d'émancipation est déclarée par le Président américain, dès 1863. A la même période, les officiers de l'Union se voient interdire de renvoyer les esclaves réfugiés derrière leurs lignes aux confédérés. A la fin de la guerre, les Noirs de l'armée de l'Union sont plus de 180.000. 38.000 d'entre eux ont été tués et 30000 blessés [2]. Les prisonniers unionistes capturés par les Confédérés sont généralement revendus comme esclaves ou tués. Les Noirs ont donc tout intérêt à se battre férocement pour leur unique espoir de pouvoir un jour goûter à la liberté. Malheureusement, les américains assistent à l'assassinat d'Abraham Lincoln, anti-esclavagiste convaincu, à la fin de la guerre (14 avril 1865) par un déséquilibré sudiste. Son Vice-président et successeur, Andrew Johnson (ancien Démocrate sudiste), est lui convaincu du bien que l'esclavage peut apporter aux Blancs comme aux Noirs. Il déclare d'ailleurs  : « Que les esclaves aillent se faire foutre ; je combats leurs maîtres, ces traîtres d'aristocrates » [3].

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La reconstruction et le 13e amendement de la Constitution

Les Noirs remportent tout de même leur combat, puisque le 13e amendement de la Constitution des Etats-Unis, entré en vigueur le 18 décembre 1865, proclame l'abolition de l'esclavage. Mais malgré la victoire du Nord sur le Sud, les libertés des noirs restent encore limitées et différents propriétaires tentent de mettre en place des « codes noirs » [4] pour contourner la Constitution. Les ex-Confédérés acceptent mal l'idée d'égalité offerte aux anciens esclaves noirs. En 1868 et 1870 sont pourtant adoptés les 14e et 15e amendement de la Constitution, selon lesquels toute discrimination entre citoyens américains est interdite. Le droit de vote est également accordé aux Noirs. Celui-ci offre la possibilité aux Noirs, à présent théoriquement citoyens américains, de se présenter aux élections pour tenter de se battre pour leurs droits. Malheureusement, la population blanche prédomine et les droits durement acquis par les Noirs vont petit à petit leur être retirés. Dès 1877, le Président républicain Rutherford B. Hayes est élu, grâce notamment aux voix démocrates du Sud. Cette élection sert de compromis pour tenter de réconcilier le Sud et le Nord des Etats-Unis. Par la même occasion, le Nord met fin à l'égalité des droits des citoyens, ce qui constitue un grand pas en arrière pour la situation des Noirs. La seule volonté de l'Etat est la réconciliation, et peut importe ce qui pourrait advenir à la population noire.

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La ségrégation comme nouveau moyen de discrimination

Les conditions dans le Sud restent invivables pour les Noirs et beaucoup d'entre eux préfèrent quitter la région. Petit à petit, leurs droits vont disparaître. Dès 1880, la Cour Suprême des Etats-Unis, ayant normalement pour devoir de faire respecter la constitution, va se désintéresser de la question noire et rendre différents jugements diminuant la force du 14e amendement (voté quelques années plus tôt). Une ségrégation insidieuse va alors apparaître. En 1896, la Cour Suprême légalise cette ségrégation dans l'affaire Plessy contre Ferguson, lorsqu'elle approuve la séparation des Noirs dans les établissements publics. Décision confirmée deux ans plus tard avec l'arrêt Williams contre Mississippi. Les Noirs perdent également leur droit de vote dans différent Etats, par le biais de clauses du type de celle appelée « grand-père », stipulant que seules les personnes dont le grand-père a été électeur, peuvent voter. Des tests d'aptitude et d'alphabétisation sont aussi mis en place. La situation est plus acceptable dans le Nord, mais malheureusement, aux alentours de 1900 la toute grande majorité de la population noire est toujours établie dans le Sud. Face à cette situation, le Boston Evening Transcript écrit,  le 14 janvier 1899 : « La politique raciale du Sud devenait désormais la politique du gouvernement du même parti [Nordiste] qui avait mené une guerre civile pour libérer les esclaves » [5].


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[1] BERNARD, Vincent, 2001, Histoire des Etats-Unis, France, Champs, Flammarion, p.101

[2] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p.15

[3] Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p. 50

[4] Dispositions législatives ou réglementaires adoptées par certains Etats du Sud au lendemain de la guerre civile afin de limiter les droits des Noirs. (BERNARD, Vincent, 2001, Histoire des Etats-Unis, France, Champs, Flammarion)

[5] Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p. 364

 
     
     
 
   
     
     
     

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