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Des esclaves noirs
pour construire l'Amérique

 
  A.V.L.  
  Les Afro-américains présents aux Etats-Unis descendent en majorité des Africains emmenés comme esclaves vers les colonies du Nouveau Monde, entre 1501 et 1808. Si les colons européens purent construire leur société, c'est donc en grande partie grâce au travail forcé des ces esclaves noirs. On estime à 15 millions le nombre d'Africains déplacés entre 1500 et 1870 [1]. Il faut ajouter à ce chiffre les millions d'entre eux qui moururent (de maladie, de manque d'air, de malnutrition ou de mauvais traitement) pendant la traversée extrêmement dangereuse de l'Atlantique ou qui préférèrent se suicider, plutôt que de subir l'emprisonnement ou le travail forcé.  
 

Un commerce lucratif

A cette époque, la vente d'esclaves africains dans les colonies constitue un véritable commerce organisé. Les Espagnols et les Portugais sont les premiers à contrôler cette traite d'esclaves. Vers la fin des années 1500, les Hollandais y prennent part et dominent le marché pendant de nombreuses années. Les Français et les Anglais interviennent dès le 18ème siècle et prennent finalement le contrôle de ce trafic. Des esclaves africains sont donc envoyés vers le Brésil (alors colonie portugaise), Haïti ou les Etats-Unis dès 1600… Dès 1750, les Africains comptent pour un quart de la population présente dans les colonies américaines. Le nombre d'esclaves acheminés vers les Etats-Unis est alors tellement important que de nombreux Africains commencent à parler de cannibalisme pour expliquer l'appétit des Européens pour les esclaves noirs. Equiano, originaire d'Afrique de l'Ouest et envoyé comme esclave aux Etats-Unis, décrit son expérience dans ses mémoires publiées en 1789. « Après avoir trouvé un Africain avec qui communiquer, il commença à comprendre sa situation. Il allait être emmené très loin vers le pays des hommes blancs dans l'un de ces grands bateaux. Il fut soulagé une fois qu'il fut convaincu que ces hommes étranges n'allaient pas le manger, une peur habituelle parmi ceux qui n'avaient jamais vu d'Européens auparavant » [2]. Le but est, au départ, d'utiliser cette nouvelle main-d'œuvre (les Indiens refusant de travailler pour les Blancs) pour travailler essentiellement dans les plantations de cannes à sucre et de tabac du Sud des Etats-Unis. Les Africains, forts de leur expérience, apportent également au Nouveau Monde leur savoir-faire agricole et supportent le climat chaud.

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L'histoire tragique de l'esclavage des Afro-américains

Très tôt, l'histoire du peuple noir est donc marquée par la souffrance et la tragédie : de nombreuses familles sont séparées, les esclaves sont traités comme de la marchandise, … L'une des constantes de ce trafic est de priver les esclaves de tous leurs droits : pas de voyage sans permission du maître, pas de droit de vote, pas le droit d'apprendre à lire ou à écrire, … Raisons pour lesquelles ceux-ci tentent, dès leur arrivée sur le sol américain, de recréer cette notion de cellule familiale. Malgré leurs origines diverses (Bénin, Congo,…), ils comprennent rapidement qu'ils forment en réalité un même peuple opprimé par la suprématie blanche. Certains d'entre eux décident de combattre leur situation par des actions telles que la destruction d'outils agricoles, le travail au ralenti… Il n'est malheureusement pas toujours facile de se rebeller. De nombreux esclaves préfèrent protéger leur famille que résister, de peur des représailles de leur maître. Des milliers d'esclaves parviennent pourtant à s'enfuir. Ils se cachent, comme ils le peuvent, à la frontière des états dominés par les Blancs ou dans les bois. 50000 d'entre eux réussissent à rejoindre les états libres du Nord ou encore le Canada. [3]

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La révolution industrielle et la main-d'œuvre noire

A partir de la révolution industrielle, vers 1790, le coton devient l'un des produits les plus importants au niveau mondial. Le besoin de main-d'œuvre se fait à nouveau ressentir dans le Sud des Etats-Unis. Alors qu'on ne dénombre que 75000 esclaves en Alabama et dans le Mississippi en 1820, ce chiffre monte à 500.000 dès 1840 [4]. Avec une production de 550 millions de livres de coton par an dans le Sud des Etats-Unis, les Américains blancs doivent alors leur bien-être économique à cette main-d'œuvre noire. Tous les secteurs de la société américaine profitent de ces richesses. Pour la plupart de ces Américains blancs, il est tout à fait normal et légal de profiter du travail de ces millions d'esclaves noirs. Certains Blancs sont même prêts à se battre pour conserver cet état de fait.

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[1] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p. 12

[2] Horton, James Oliver, 2001, Hard road to freedom : the story of African America, New Brunswick, N.J., Rutgers University Press, p. 16

[3] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p. 13

[4] Idem
 
     
     
"Noirs et esclaves"
Le Monde (Economie)
21 juin 2001
 
   
   
   
   

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