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Années 50-70

 
  La grande période des mouvements noirs pour les droits civiques  
  A.V.L.  
  A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Noirs, qui ont vu dans ce conflit un reflet de leur propre situation, voient leurs conditions s'améliorer sensiblement. Mais les années 50 marquent également le retour de la peur du communisme, qui va toucher les mouvements de droits civiques et des personnalités comme W.E.B. Du Bois. Mais heureusement, la période de déségrégation (située entre 1954 et 1965), se profile peu à peu à l'horizon, notamment avec l'arrêt Brown, et redonne de l'espoir à la communauté noire. A la même époque naît le mouvement de non-violence pour les droits civiques, dont Martin Luther King prendra bientôt la tête. De nombreuses Marches pour la liberté sont alors organisées pour tenter de faire pression sur le gouvernement américain et naît avec elles le mouvement de désobéissance civique. Toutes ces actions semblent porter leurs fruits, puisqu'en 1965 le Président Johnson vote le Voting Rights Act .  
 

La chasse aux sorcières du Maccarthisme

La fin de la Seconde Guerre Mondiale marque le retour de la peur du communisme pour les Américains. Le Maccarthisme va alors régner pendant une dizaine d'années, ce qui n'avantage pas les mouvements des droits civiques américains. Une paranoïa s'installe, ce qui pousse les syndicats à expulser un nombre important de membres qu'ils estiment être trop proches de l'idéologie communiste ennemie. Parmi eux, on compte les partisans d'un rapprochement entre Blancs et Noirs. La N.A.A.C.P. n'est pas épargnée par cette chasse aux sorcières. En 1947, Walter White, alors responsable de l'association, oblige W. E. B. Du Bois à déposer sa démission, estimant que ce dernier est devenu beaucoup trop radical et socialiste. Opposé à la Guerre Froide et à la politique du président Truman, Du Bois est accusé, en 1951, par le gouvernement américain, d'être un agent pour une puissance étrangère (communiste en d'autres termes). Malgré cela, la N.A.A.C.P. continue à lutter, notamment pour l'inscription des électeurs sur les listes électorales du Sud ou pour l'intégration des Noirs sur le marché du travail américain. En 1950, 40% des Noirs ont un emploi qualifié (deux fois plus qu'en 1940) et 74,8% des jeunes sont scolarisés [1]. Cette progression significative pour le statut des Afro-américains peut expliquer en partie pourquoi ces derniers n'ont pas vraiment réagi à la chasse aux sorcières de cette période. Pourtant, nombre d'entre eux, affiliés à des syndicats de gauche ou au parti communiste, perdent leur emploi durant le Maccarthisme. Mais la N.A.A.C.P. décide de ne pas réagir face à ces attaques. Elle préfère en effet sacrifier certains de ses leaders, comme W. E. B. Du Bois , que de perdre des libertés si durement gagnées.

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L'arrêt Brown, un acte fondateur pour la déségrégation des écoles

Pourtant, en ce début des années 1950, la ségrégation est toujours présente dans les établissements scolaires. La N.A.A.C.P. lutte alors juridiquement depuis plusieurs années pour mettre un terme à ce statut. A Topeka, dans l'Etat du Kansas, Olivier Brown milite pour que sa fille de huit ans, Linda, puisse se rendre à l'école située à quelques minutes de son domicile. La N.A.A.C.P. prend sa défense. Malgré le manque d'implication du président Eisenhower face à la lutte des Noirs pour les droits civiques, la Cour Suprême pose un acte majeur. Le 17 mai 1954, Earl Warren, un républicain nommé par Eisenhower à la présidence de la Cour, statue sur le cas de « Brown contre le Bureau d'éducation de Topeka ». Il déclare alors la fin des inégalités dans les écoles et par la même occasion, de la ségrégation. Ce jugement, passé à l'unanimité, est une très belle victoire pour la N.A.A.C.P. Pourtant, un an après, une première déception apparaît lorsque la Cour Suprême annonce que les écoles locales peuvent décider elles-mêmes de la date de mise en application de cette mesure. Dans le Sud, 80% de la population se déclare contre l'arrêt Brown [2], tout comme le président Eisenhower qui a peur de choquer les Conservateurs. Le combat est donc loin d'être gagné, d'autant qu'une centaine d'élus sudistes décident, en 1956, de signer une déclaration commune visant à contrebalancer le jugement de la Cour Suprême. Leur but est de pousser leurs Etats à ne pas tenir compte de cette décision, estimant que le gouvernement fédéral ne peut prendre le pas sur les Etats. En 1957, face à l'importance de la résistance contre l'arrêt Brown, l'armée est obligée de protéger neuf enfants noirs se rendant à l'école de Little Rock, dans l'Arkansas. De nombreuses manifestations voient le jour à la même époque.

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La non-violence devient un moyen d'action efficace

Vers la fin des années 1960, plus de 75000 étudiants des deux races ont mis sur pied ou participé à des sit-in dans 75 villes des Etats-Unis [3]. 3600 d'entre eux ont été arrêtés lors de ces actions pacifiques. Malheureusement, en 1964, les enfants noirs sont seulement 8% à fréquenter les écoles intégrées du Sud [4]. Mais l'arrêt Brown, considéré comme un élément fondateur dans la lutte des Noirs américains contre la ségrégation raciale, va pousser ces derniers à revendiquer la fin de la ségrégation dans tous les établissements et lieux publics. Des actions telles que le boycott de la Montgomery City Lines se multiplient dans tout le pays. Le mouvement de lutte non-violente pour les droits civiques des Noirs voit alors le jour dans le Sud, avec à sa tête le légendaire Martin Luther King. Le Student Nonviolent Coordinating Committee (S.N.C.C.), ainsi que le Southern Christian Leadership Conference (S.C.L.C.), nouvellement créés, participent à ce mouvement.

Grâce au boycott de la Montgomery City Lines, les Noirs se rendent compte de leur force commune à faire bouger les choses. En s'organisant et en luttant de concert, ils pourront peut-être enfin changer le sort de leur communauté. Cependant, les Blancs voient en ce mouvement de non-violence une grande menace contre la ségrégation. Tout d'abord étonnés par ces nouvelles revendications, les Blancs y répondent par la violence. En témoignent les nombreux attentats perpétrés à l'encontre des membres et leaders de ce mouvement, comme par exemple Martin Luther King. Cependant, Martin Luther King n'est pas l'inventeur du mouvement de non-violence. L'idée est née pendant le boycott de Montgomery, en 1956, dans la tête d'un militant de la non-violence : Bayard Rustin (un quakers ayant purgé dix-huit mois d'emprisonnement pour objection de conscience). Découvrant l'intérêt que King porte au mouvement, Rustin l'initie à cette philosophie et lui montre la stratégie à adopter, pour faire de Martin Luther King le leader du mouvement. King est nommé Président de ce groupe de protestation, qui influencera particulièrement le milieu estudiantin.

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La fin des années 50 et les premières marches pour la liberté

En 1957, les participants de ce mouvement de protestation non-violente se réunissent à la Nouvelle-Orléans. Ils mettent au point un projet de marche sur Washington, ayant pour but de réunir le plus de monde possible pour faire pression sur le Congrès. Ils s'accordent sur le 17 mai, date anniversaire de l'arrêt Brown. Malheureusement le jour de l'événement, le public est venu moins nombreux qu'espéré (entre 15000 et 25000 personnes). Cependant, Martin Luther King y prononce l'un de ses premiers grands discours médiatisés, qui touche une tranche importante de la population. Il aborde des thèmes tels que le droit de vote et la liberté. Martin Luther King devient, en une journée, le leader incontesté du Mouvement noir non-violent pour les droits civiques. Même si ce sont souvent des personnalités telles que le pasteur Martin Luther King qui nous viennent à l'esprit lorsqu'il est question de la lutte des Noirs aux Etats-Unis, celui-ci ne fut pas le seul à se battre pour faire évoluer la situation. Il faut également citer Medgar Evans, qui fut un temps responsable de la branche de la N.A.A.C.P. du Mississippi et qui fut tué devant chez lui en 1963, Robert Moses, professeur dans le Mississippi, qui apprit à de nombreux Noirs à voter et à s'inscrire sur les listes électorales, James Lawson, jeune universitaire qui apprit aux Noirs la technique de désobéissance civique et la philosophie non-violente de Gandhi, … et la liste est encore extrêmement longue. Toutes ces personnes participèrent à leur niveau au Mouvement pour les droits civiques et sacrifièrent parfois jusqu'à leur propre vie. Cette conscience collective permet à la communauté d'appréhender son histoire différemment.

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Le mouvement de désobéissance civique

En juin 1958, Martin Luther King et ses proches (dont A. Philip Randolph, son conseiller) sont reçus à la Maison Blanche par le président Eisenhower. Cette rencontre, qui aurait pu être un événement historique - aucun membre de la communauté noire n'ayant été invité à la Maison Blanche depuis Booker T. Washington - laissera peu de traces dans les mémoires. Eisenhower porte alors peu d'intérêt à la question noire et refuse de comprendre leurs revendications et leur besoin d'égalité. King est affecté par cet échec. Le mouvement mené par King va alors connaître une période creuse. Les différents boycotts ou tentatives d'intégration d'écoles échouent. James Lawson, jeune militant de la désobéissance civique et du mouvement de non-violence, a alors l'idée d'organiser un stage sur ce thème, à Highlander Folk School. Il fait la rencontre de Septima Clark et commence à enseigner aux jeunes militants comment résister à la violence et surtout à rester calme quoiqu'il arrive. Aidé de ses compagnons, John Lewis et James Bowel, James Lawson met ses stagiaires à l'épreuve dans des grands magasins ou des restaurants ségrégationnistes.

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Vers la grande marche sur Washington de 1963

Au début des années 1960, les sit-in se développent petit à petit et se multiplient à travers tout le Sud des Etats-Unis. Marches ou voyageurs pour la liberté, ces actions remportent un succès certain et permettent peu à peu aux Noirs du Sud d'accéder aux mêmes restaurants et magasins que les Blancs. Face à ces victoires, les Noirs décident d'aller encore plus loin dans leur combat. A la fin de l'année 1962, commence à émerger l'idée de la grande marche sur Washington. Randolph et Rustin aimeraient, grâce à cette marche, attirer l'attention du gouvernement sur la situation des Noirs sur le marché du travail. Le taux de chômage, toujours plus élevé chez les Afro-américains que chez les Blancs, n'est plus acceptable. Pourtant, la N.A.A.C.P. n'est pas très emballée. Elle craint que le fait de bloquer le Congrès n'entache ses relations avec ce dernier. La Southern Christian Leadership Conference (S.C.L.C.) par contre a les moyens financiers pour agir et décide de soutenir le Mouvement. King propose d'étendre le propos de la marche, prévue le 28 août 1963, à la liberté. Comme pour la première marche sur Washington de 1957, le but est de faire pression sur le Président, alors John Kennedy, pour que ce dernier agisse en faveur des droits civiques des Noirs américains.

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« I have a Dream »

Le jour J, différents orateurs défilent à la tribune, dont John Lewis, Président du S.N.C.C. Le dernier à parler est Martin Luther King. Plus de 200000 personnes, dont un quart de Blancs [5], s'amassent près de la statue de Lincoln pour la plus grande manifestation de protestation dans l'histoire américaine. Devant la ferveur de la foule, King abandonne le texte qu'il avait initialement écrit pour se lancer dans l'un des discours les plus célèbres de l'histoire américaine : «  I have a dream  ». La plupart des grandes chaînes américaines passent en direct les images de cette manifestation historique et du discours de King chargé d'émotions. Pour la première fois, les Noirs peuvent croire au rêve américain que Martin Luther King leur présente . Son collaborateur, Randolph énumère les revendications des Noirs : plus d'égalité face au marché du travail, une loi sur les droits civiques, un salaire minimum, … Lui et ses collègues du Mouvement pour les droits civiques rencontrent ensuite le président Kennedy à la Maison Blanche. Le Président Kennedy reste pourtant presque indifférent face à la portée médiatique de l'évènement, estimant que cette action n'a pas à influencer le Congrès. Le pasteur King décide alors de prolonger ces actions par une nouvelle campagne de boycotts.

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Enfin une loi sur les droits civiques

Il faut attendre la mort du Président Kennedy pour que son projet de loi sur les droits civiques soit voté au Congrès américain, à la demande de son successeur, le Président Lyndon Johnson. En 1965, le Président Johnson vote le Voting Rights Act. Un acte majeur pour le Mouvement des droits civiques. Pourtant, cinq jours plus tard, des émeutes éclatent à Los Angeles. Plusieurs magasins et habitations du quartier noir de la ville de Watts sont brûlés. Martin Luther King se rend alors compte que le mouvement des droits civiques n'a peut-être pas assez tenu compte des problèmes économiques latents. Il parle alors des émeutes comme d' « une révolte de classe des non-privilégiés contre les privilégiés » [6]. Les ghettos sont alors rongés par la pauvreté et les problèmes auxquels ces gens sont confrontés semblent fort éloignés de ce pour quoi se bat le Mouvement pour les droits civiques. Les deux grandes figures que sont Martin Luther King et Malcolm X se battent alors sur des terrains fort différents. Malcolm X prônant la violence et l'autodéfense comme seul moyen d'action, et Martin Luther King luttant de manière pacifique pour ce qu'il croit être juste.

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[1] Harvard Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 1954-1980 , Hill and Wang, New York, 1989, p. 18 dans Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p. 125

[2] Harvard Sitkoff , The Struggle for Black Equality, 1954-1980, Hill and Wang, New York, 1989, p. 23 dans Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p. 127

[3] Horton, James Oliver, 2001, Hard road to freedom: the story of African America, New Brunswick, N.J. , Rutgers University Press, p. 285

[4] http://fr.encarta.msn.com/encyclopedia_761561183_5/Noirs_am%C3%A9ricains.html#s77

[5] Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p. 263

[6] Horton, James Oliver, 2001, Hard road to freedom: the story of African America, New Brunswick, N.J. , Rutgers University Press, p. 303

 
     
     
"La question noire
aux Etats-Unis"

Le Monde
4 avril 1958
 
     
"L'anniversaire aigre-doux du Civil Rights Act"
Courrier International
2 juillet 2004
 
     
 
   
   
   
   
   
   
     

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