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Années 1900-1950

 
  De la grande migration à la Seconde Guerre mondiale  
  A.V.L.  
  Le début du 20e siècle est surtout marqué par la grande migration des Noirs du Sud vers les villes du Nord. Alors que les conditions de vie de ces derniers sont encore extrêmement difficiles, différentes initiatives sont mises en place par des organisations noires pour faciliter leur accès à la société américaine. La N.A.A.C.P. est d'ailleurs créée en 1909. A cette époque, les Noirs accèdent peu à peu à l'éducation, seul moyen pour eux de pouvoir un jour faire part de leurs revendications. Malheureusement, la grande crise des années 30 touche encore plus durement la population noire que le reste des citoyens américains. Mais dès la fin de la Seconde guerre mondiale, les Noirs intégrèrent finalement le marché de l'emploi américain (à des postes qui ne sont plus seulement ceux de domestiques ou de jardiniers). Le sort des femmes noires suit cette même tendance et illustre à lui seul les grands changements qui se profilent pour les Afro-américains.  
 

La grande migration

Au début du 20e siècle, la situation s'étant particulièrement dégradée pour les Noirs dans le Sud des Etats-Unis, un certain nombre d'entre eux préfère émigrer vers l'Ouest ou le Nord. La grande majorité travaille pourtant toujours dans les plantations du Sud, puisque s'y concentre alors encore 90% de la population noire. En 1900, cette population s'élève à 7,8 millions (environ 11,6% de la population des Etats-Unis) [1]. Une grande migration urbaine se produit entre 1910 et 1915. Même si la population noire reste concentrée essentiellement dans le Sud (un quart de la population vivant dans les villes), les villes du Nord et de l'Ouest accueillent une partie de cette population noire. Washington, Baltimore (Maryland), La Nouvelle-Orléans (Louisiane), Philadelphie (Pennsylvanie), New York et Memphis (Tennessee) connaissent alors une importante concentration de noirs américains. Ce mouvement du Sud vers les villes du Nord se poursuit jusque dans les années 1970. Même si situation des Afro-américains ne s'améliore pas particulièrement d'un point de vue légal, certains changements apparaissent néanmoins. L'histoire de Booker T. Washington en est un bel exemple et redonne quelque peu espoir à la population noire de ce début de 20e siècle.

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Patience et pacifisme

Selon Booker T. Washington, pour réussir il est essentiel de s'armer de patience. Dans sa biographie publiée en 1901, ainsi que dans ses discours, il explique que « le seul moyen d'améliorer la condition de ses frères de race est de leur donner un métier qui les mettrait à égalité avec les Blancs dans la vie sociale et leur permettrait, à moyen terme, de reconquérir des droits politiques » [2]. Modéré, il refuse la violence et continue à penser que l'éducation et la coopération entre les races représente la solution. Il faut rappeler qu'à l'époque les droits des Noirs ont presque disparu dans tout le Sud des Etats-Unis et que des lynchages deviennent monnaie courant. Il est donc important que le travail de Washington à l'Institut de Tuskegee soit marqué par une idéologie pacifique. Pendant ce temps, les Noirs américains tentent de s'organiser tant bien que mal. Leur priorité reste alors le développement économique, seule possibilité pour eux d'échapper à leur condition de marginaux. Certains Noirs essayent, avec souvent maintes difficultés, d'acheter des terres, de gérer leur propre ferme ou de créer des entreprises. La ségrégation a en effet mis en place un système limitant les investissements des Blancs dans les secteurs à dominance noire. Une mesure qui finit par avantager les Noirs dans le sens où, privés de toute concurrence, ils peuvent développer leurs propres affaires. Booker T. Wasshington crée donc la National Negro Business League, sorte de chambre de commerce, pour favoriser ce développement. Et une classe moyenne noire fait peu à peu son apparition.

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La meilleure solution est alors de s'élever par l'éducation

Malheureusement, les conditions des étudiants noirs sont toujours extrêmement difficiles. Les assemblées blanches des différents états accordent leurs subventions sur des critères purement raciaux. C'est ainsi qu'un étudiant de couleur blanche touche entre cinq et douze fois plus qu'un étudiant de couleur noire [3]. Seuls soixante-sept lycées sont accessibles aux Noirs en 1916, dans l'ensemble du territoire américain. Et dans les écoles réservées aux Noirs, les salaires des professeurs blancs sont généralement deux à quatre fois plus élevés que les salaires des professeurs noirs. Les universités et les écoles supérieures sont bien évidemment interdites aux Noirs. En 1908, la Cour Suprême va jusqu'à empêcher le Berea College, situé dans le Kentucky (Sud), d'accueillir des étudiants noirs.

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Naissance de la N.A.A.C.P. (National Association for the Advencement of Colored People)

L'association N.A.A.C.P. (National Association for the Advencement of Colored People) est créée en 1909, à l'occasion de la commémoration du centenaire de la naissance d'Abraham Lincoln. Les participants décident en fait de fonder cette association lors d'une conférence sur les Noirs à New York. Son but est de « mettre fin à la ségrégation et de garantir les droits civiques des minorités de couleur  » [4]. William Burghard Du Bois, prend la tête de la rédaction du mensuel de l'association, The Crisis , publié de 1910 à 1932. L'organisation est alors l'unes des plus importantes à se battre pour les droits civiques des Noirs et constitue le porte-parole de leurs différentes revendications. La N.A.A.C.P. gagne d'ailleurs une bataille importante en faisant annuler la clause « grand-père ». Grâce notamment à son poste de rédacteur, Du Bois devient rapidement le leader de ce mouvement et se bat contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis. A la veille de la Première Guerre Mondiale, la N.A.A.C.P. possède déjà environ 40.000 adhérents [5].


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La Première Guerre Mondiale

Lorsque démarre la Première Guerre Mondiale, le besoin de main-d'œuvre se fait cruellement sentir, pour remplacer les hommes partis au front. Les industriels du Nord engagent alors hommes et femmes de couleur pour travailler dans la sidérurgie, l'armement ou l'industrie automobile. En 1915, les champs de coton sudistes sont détruits par une épidémie. Dès 1920, le prix du coton finit par s'effondrer. Entre 1910 et 1920, deux millions d'Afro-américains émigrent du Sud vers le Nord et l'Ouest (Chicago, New York, Los Angeles ...) Malheureusement, l'été 1919 sera marquant dans l'histoire des Noirs. Ont alors lieu de nombreuses émeutes raciales, tant au Nord qu'au Sud des Etats-Unis, au cours desquelles quatre-vingt trois Noirs sont tués, souvent de manière atroce [6]. De plus, les membres du Ku Klux Klan ont suivi le mouvement de migration vers les villes et connaissent alors un certain renouveau. La presse et la police américaine ne sont d'ailleurs pas tout à fait innocentes dans cette vague de racisme. En cause également, la compétition économique entre Blancs et Noirs dans les grandes villes.

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La peur des rouges

La peur des rouges fait son apparition dans les années 1920, ce qui augmente encore la xénophobie latente. Les premiers touchés sont les militants de tous bords. La population américaine vit alors dans la peur, et la méfiance est de rigueur parmi les citoyens. Tout le monde se méfie de tout le monde et des Noirs en particuliers. Les Noirs, s'étant engagés dans la Première Guerre Mondiale en espérant voir leur effort récompensé (comme cela avait été le cas lors de la Guerre de Sécession ), perdent rapidement leurs illusions. Ainsi, parmi les nombreux lynchages perpétrés à cette période, on compte une dizaine de vétérans, dont certains habillés de leur uniforme.

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La Grande crise

La situation se dégrade un peu plus pour les Noirs dans les années 30, quand se produit la grande crise économique. Des millions d'Américains se retrouvent au chômage et meurent littéralement de faim. Pourtant, l'élection du président démocrate Franklin Roosevelt en 1932 va leur redonner espoir. Dès 1933, le président Roosevelt lance une politique, le New Deal (différentes lois sont alors votées par le Congrès), dans le but de relancer l'économie américaine. En 1935, est mis en place un système de sécurité sociale, par le biais du Social Security Act. Malheureusement, la question raciale ne fait pas partie de la nouvelle politique de Roosevelt, celui-ci devant s'assurer du soutien des démocrates conservateurs. Devant les rumeurs d'une Seconde Guerre Mondiale et suite à une décision de la Cour Suprême (poussée par les opposants de Roosevelt, d'annuler une série de lois primordiales), le New Deal disparaît en 1938. Cependant, la condition des Noirs reste quasiment inchangée ; seuls quelques étudiants brillants sont engagés dans l'administration Roosevelt. La classe moyenne noire reste encore très limitée. Alors qu'en 1940, la population noire des Etats-Unis est de 13 millions de personnes, on ne compte alors que 3150 médecins, 238 ingénieurs ou 80 architectes noirs [7]. L'année 1942 marque la naissance du C.O.R.E. (Congress of Racial Equality), une organisation pacifiste mélangeant les races blanches et noires. Dirigé par un certain A. J. Muste, le groupe est composé à l'origine de 12 Noirs et de 38 Blancs [8].

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La Seconde Guerre Mondiale
et l'engagement des Noirs dans le conflit

La Seconde Guerre Mondiale provoque des changements importants dans la politique raciale aux Etats-Unis. Tout d'abord parce que les Noirs voient dans cette guerre l'ultime moyen d'obtenir les droits qu'ils réclament depuis des décennies. Les idéaux de libération de peuples opprimés mis en avant par cette guerre offrent un nouvel espoir de liberté aux Afro-américains. Pour ces derniers, une victoire contre le fascisme à l'étranger pourrait en effet signifier la fin de la ségrégation et du racisme sur le sol américain. Ils font ainsi le parallèle entre l'histoire de leur peuple et celle des Juifs d'Europe. La N.A.A.C.P. enjoint donc les Noirs à aller se battre pour cet idéal et ils sont donc plus de 3 millions à s'engager dans le conflit mondial, dont un million dans les forces armées [9]. 500.000 d'entres eux sont d'ailleurs stationnés dans le Pacifique, l'Afrique ou l'Europe. Les femmes noires comptent également pour 4000 de ces soldats. Pourtant les Noirs ont alors cinq fois plus de chances que les Blancs d'être refusés par l'armée américaine.

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L'armée ségrégationniste

Lors de leur enrôlement, les Afro-américains composent des unités noires et ne sont donc pas réellement intégrés dans l'armée américaine. La discrimination, tant au niveau des emplois que des tâches réservées aux Noirs, est alors très présente. L'armée reproduit la ségrégation qui règne alors toujours dans la société américaine, à quelques exceptions près ; comme par exemple lorsque des Noirs sont utilisés pour remplacer des blessés Blancs. Cela permit à certains soldats et officiers blancs de réaliser que les Noirs étaient capables de faire preuve d'un courage égal aux Blancs. Mais pour nombre d'Afro-américains, l'entrée dans l'armée signifie principalement la sécurité économique d'un travail stable, point essentiel après des années de dépression qui ont touché la communauté noire de plein fouet. Selon eux, les efforts héroïques dont ils ont fait preuve pendant la guerre ne peuvent plus être ignorés. A leur retour, il leur semble logique de bénéficier des mêmes libertés que celles pour lesquelles ils se sont battus à l'étranger. Surtout qu'à la fin de la guerre, les Etats-Unis ont de plus en plus de mal à justifier leur politique raciale ségrégationniste.

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Le sort des femmes

Alors que la demande en main-d'œuvre dans les industries augmente avec le départ des hommes à la guerre, de nombreuses femmes blanches sont engagées. Les femmes noires sont alors reléguées au rôle de domestiques, mais certaines d'entre elles réussissent néanmoins à trouver du travail dans différentes fabriques. Cependant, ces dernières occupent généralement les postes les plus dangereux. Malgré cela, les femmes noires de l'époque sont beaucoup plus indépendantes que les femmes blanches. Ainsi, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les femmes blanches sont 30 % à travailler, alors que les femmes noires sont 50 %. Une féministe noire, Claudia Jones, fait d'ailleurs remarquer en 1949 que : « L'un des traits les plus remarquables du stade actuel du mouvement de libération des Noirs est la participation militante croissante des femmes noires dans tous les aspects de la lutte pour la paix, les droits civiques et la sécurité économique » [10].

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L'amélioration des conditions grâce au travail

L'emploi des travailleurs noirs dans les industries d'armement passe de 2,5 % à 8 % entre mars 1942 et novembre 1944 [11]. Cette situation est extrêmement mal vécue par les travailleurs blancs qui estiment que les Noirs volent leurs emplois. Ils mettent donc sur pied des grèves, appelées Hate strikes, dirigées explicitement contre les Noirs. Cette période est également marquée par de nombreuses émeutes raciales. Les Américains combattent à l'étranger au nom de la sacro-sainte liberté, mais acceptent sans mal la ségrégation qui règne toujours dans leur propre pays. Indépendamment de cela, tant le sort des femmes que des hommes noirs s'améliore peu à peu d'un point de vue économique et culturel. Les Noirs sont 1,25 millions à être syndiqués [12]. Des lois sont également promulguées dans certains Etats du Nord, dans le but de supprimer les discriminations raciales à l'embauche.

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[1] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p.39

[2] Universalis, 2006

[3] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p.40

[4] Universalis, 2006

[5] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p.41

[6] Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p.77

[7] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p.105

[8] Idem p.111

[9] Horton, James Oliver, 2001, Hard road to freedom: the story of African America, New Brunswick, N.J., Rutgers University Press, p. 263

[10] 2004, Freedom, Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Paris, Phaidon, p.105

[11] Combesque, Marie Agnès, 2004, Martin Luther King Jr. : un homme et son rêve, Paris, Le Félin, Kiron, p.117

[12] Idem p.110

 
     
     
   
 
   
 
     
     

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