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Les années 70 et le renouveau du cinéma noir américain

 
  A.V.L.  
  Alors que le cinéma noir se fait beaucoup plus discret dans la période d'après-guerre, il revient en force dans les années 70. Sur la scène politique, des grands noms tels que Malcolm X ou Martin Luther King luttent de manière féroce pour les droits civiques de leur communauté. Une nouvelle génération de cinéastes (Melvin Van Peebles, Gordon Parks, …) fait son apparition et, pour la première fois, parviennent à entrer dans le système de l'industrie cinématographique américaine. A la même période, les grands studios lancent la « blaxploitation », ce qui pousse des personnages de la trempe de Sydney Polack à donner leur propre vision de la question noire aux Etats-Unis.  
 

1970, le début de la deuxième vague

Le cinéma noir va quasiment disparaître entre les années 1940 et 1970. Il va ensuite connaître une seconde vague. Cette absence, de plus de 20 ans, peut s'expliquer par le manque de moyens, de reconnaissance et de figures telles qu'Oscar Micheaux. Les années 60 étant marquées par les grands mouvements des droits civiques (Martin Luther King) et par de grands noms tels que les Black Panthers ou Malcolm X, le cinéma américain traitant de la question noire va refaire son apparition. Les cinéastes blancs de renom, tels que John Cassavetes, vont s'emparer de la question pour faire de véritables plaidoyers sur la problématique raciale. Une nouvelle génération de cinéastes noirs fait son entrée dans le monde du cinéma américain : Melvin van Peebles, William Greaves, Gordon Parks. Généralement cloisonnés dans le circuit indépendant, ces cinéastes réussissent enfin à faire leurs preuves dans une industrie qui leur était jusque-là totalement fermée. Des sex-symbols noirs font également leur apparition, comme par exemple Pam Grier (que Tarantino refera tourner 30 ans plus tard, dans Jackie Brown).

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Melvin van Peebles

Melvin van Peebles est surtout célèbre pour son troisième film, « Sweet Sweetback's Baadasssss Song » (1971), qui s'ouvre sur la phrase suivante : « Ce film est dédié à tous les hommes et toutes les femmes noirs qui en ont marre des Blancs » [1].   Même si le film est classé X à sa sortie et que van Peebles n'arrive au départ pas à le vendre aux distributeurs, « Sweet Sweetback's Baadasssss Song » sort finalement et rapporte 10 millions de dollars (pour un budget initial de 500.000 dollars). Ce film radical et révolutionnaire raconte la fuite d'un jeune Noir ayant tué deux policiers blancs. Le film reçoit d'ailleurs l'appui des Black Panthers, qui demandent à leurs membres de le visionner. Homme à tout faire, van Peebles est à la fois scénariste, acteur, compositeur et producteur de ses films. Puisqu'il sait qu'il ne recevra pas le soutien de l'industrie du cinéma, tout comme Micheaux, il préfère tourner des films à petits budgets et se détacher totalement d'Hollywood et de sa machine à rêve. Pourtant, suite à l'énorme succès de son troisième film, van Peebles, l'homme aux nombreuses casquettes, tourne le dos au cinéma pour se consacrer à la peinture et à la chanson. Il va jusqu'à devenir agent de change à Wall Street. Il revient pourtant au cinéma dans les années 1990, où il réalise « Identity Crisis », avec l'aide de son fils Mario. « Panther », réalisé en 1995, toujours avec son fils, et financé en Grande-Bretagne pour s'assurer une indépendance totale vis-à-vis du système hollywoodien, raconte l'histoire du mouvement des Black Panthers, jusqu'à sa chute par les services fédéraux américains. Melvin van Peebles a surtout permis à l'industrie hollywoodienne, et à ses réalisateurs blancs, de s'inspirer de son travail pour ce que l'on appelle la « blaxploitation » (productions hollywoodiennes utilisant l'exploitation des Noirs dans leurs films).

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Gordon Parks

L'autre grand réalisateur des années 1970 est Gordon Parks. Il est l'un des premiers réalisateurs noirs à avoir tourné en collaboration avec les studios hollywoodiens. Son premier film, « The learning Tree » (1969), est en effet distribué par le célèbre studio Warner Bros. Son film le plus connu, « Shaft » (1971), est tourné pour la MGM. Le sort des réalisateurs noirs de l'époque n'est pas facile pour autant. Dans son autobiographie publiée en 1992, Gordon Parks explique que « en vérité, Hollywood est encore le lieu d'une industrie raciste et continuera de fermer ses portes aux Noirs aussi longtemps que possible. Mais les portes, si on s'y cogne suffisamment longtemps, finissent toujours par s'ouvrir. » [2] Pour réussir à produire ses films, Gordon Parks a parfois dû se conformer aux standards hollywoodiens. En pleine période révolutionnaire d'un point de vue de la lutte pour les droits civiques, Parks se garde d'aborder les sujets les plus sensibles qui lui auraient fermé complètement les portes des studios. Même si ses films s'adressent au départ à un public noir, ils sont accessibles à l'ensemble de la population américaine. Il s'oppose ainsi à la vision totalement indépendante et marginale de Melvin van Peebles.

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La blaxploitation

Le but du procédé de « blaxploitation » utilisé par les grands studios est essentiellement de gagner de l'argent, en utilisant certains codes des films destinés au public afro-américain. Mis à part les quelques films tournés par des réalisateurs noirs (Gordon Parks, Sydney Poitier, ...), la plupart des films de blaxploitation étaient réalisés par des Blancs. Les films de blaxploitation utilisent la violence, le sexe, les problèmes interraciaux et l'action, pour attirer un large public d'américains ; sans pour autant comprendre l'essence des films afro-américains. Le plus important est de faire du profit et d'attirer les spectateurs dans les salles. Heureusement, ce courant de blaxploitation ne va pas totalement faire disparaître le cinéma afro-américain, puisque des réalisateurs de la trempe de Sydney Poitier, et plus tard Spike Lee, vont réussir à préserver cette culture cinématographique.

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Sydney Poitier

Cet acteur réalisateur prit le contre-pied de la « blaxploitation ». La majorité de ses films, aux sujets souvent légers, s'apparentent aux comédies familiales américaines. Il collabore avec des artistes de renom tels que Bill Cosby et Gene Wilder. Grâce à sa comédie, Stir Crazy (1980), il est le premier réalisateur noir à réaliser 100 millions de dollars de recettes au box-office américain. Tant le public noir que le public blanc va voir ses films. Les studios ont d'autant plus de raisons de lui faire confiance que ce dernier reste sage dans ses films. Interprète et réalisateur, Sydney Poitier incarne le plus souvent l'homme bon, ce qui plaît à une large tranche de la population américaine. Il est d'ailleurs le premier acteur noir à remporter un Oscar, en 1963. Mais malgré ce succès, il tourne un nombre important de films à l'étranger. On peut donc se poser des questions sur la réelle liberté que lui offraient ou non les studios américains. A propos du racisme présent dans l'industrie du cinéma, Sydney Poitier ne prendra jamais réellement parti, expliquant que ce racisme n'est que le reflet de ce qui se passe dans la société américaine au sens large. Pionnier, dans le sens où il fut l'un des acteurs noirs les mieux acceptés par le public américain, il ouvrit la voie à des personnalités comme Denzel Washington, Samuel L. Jackson ou Spike Lee, qui sont aujourd'hui partie intégrante de la culture américaine. Cependant, Sydney Poitier a souvent dû se limiter au rôle de comique de service, pour se maintenir dans l'industrie hollywoodienne. Ses successeurs auront, eux, la chance de pouvoir utiliser leur popularité à la promotion de films indépendants des grands studios.


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[1] Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p. 35

[2] Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p. 36

 
     
     
  http://www.blaxploitation.com/  
     
     
     
     

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