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A partir des années 80, Spike Lee et les autres

 
  A.V.L.  
 

Les années 80 sont surtout marquées par l'apparition de cinéastes noirs ouvertement engagés, tel que le célèbre Spike Lee. Ce dernier a profité de son succès médiatique pour intégrer les Afro-américains dans le milieu du cinéma, favorisant l'embauche de ces derniers à la production de ses films. Une nécessité pour celui qui critique ouvertement la politique raciale discriminatoire d'Hollywood et a qui a comme but de mettre à jour les nombreux problèmes qui persistent dans la société américaine.

 
 

L'arrivée de cinéastes novateurs

C'est à la fin des années 80 que l'industrie cinématographique américaine voit débarquer des jeunes réalisateurs noirs, enthousiastes et novateurs. Le nom de Spike Lee est le premier à venir à l'esprit du spectateur, mais on peut également citer Robert Townsend, moins connu en Europe. Après avoir fait leurs preuves avec leurs premiers films, ces deux réalisateurs, au départ indépendants, vont rapidement entrer dans le milieu hollywoodien (avec notamment « She's gotta have it » de Spike Lee et « Hollywood Shuffle » de Robert Townsend). Cette percée va leur permettre de critiquer la façon dont les Noirs sont représentés au cinéma, ainsi que l'image de ces derniers véhiculée dans la société américaine. Les personnages noirs des années 80 vont être à l'opposé de ceux représentés au cinéma auparavant. Ils ne se définissent plus seulement vis-à-vis de la communauté blanche, mais surtout par leur caractère fort et leur personnalité. Même si ce nouveau cinéma afro-américain n'évite pas toujours les autres préjugés présents dans la société (sur les femmes ou les autres minorités raciales), ces jeunes réalisateurs noirs ont au moins le mérite d'avoir réussi à parler de manière authentique de la communauté noire américaine, dans une industrie hollywoodienne toujours dominée par les Blancs. Un cinéaste comme Spike Lee n'a d'ailleurs jamais hésité dans ses films à dévoiler sans détour les nombreux défauts de la société américaine.

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Spike Lee

Spike Lee n'est bien évidemment pas le seul cinéaste noir présent dans l'industrie cinématographique américaine, mais après avoir réalisé plus d'une quinzaine de films, il conserve une place à part dans le paysage du cinéma américain. Peut-être parce qu'il reste l'un des cinéastes les plus engagés de sa génération. Il a critiqué, ouvertement et à de nombreuses reprises, la politique de discrimination raciale menée par Hollywood. Il est allé jusqu'à dénoncer l'attitude de certaines stars afro-américaines telles que Whoopi Goldberg ou Eddie Murphy, qui selon lui ne respectaient pas leurs origines raciales ou n'aidaient pas assez d'autres artistes noirs à accéder à la profession. Cette attitude, peu habituelle dans la communauté noire généralement extrêmement solidaire, lui a créé quelques ennemis dans le milieu. Ce qui n'a pas empêché les grands studios de continuer à commercialiser la majorité de ses films. Dans ceux-ci, Spike Lee n'hésite pas à montrer une image parfois négative de la population noire et les conflits internes qui peuvent miner la communauté. Des films tels que « Do the right Thing » (1989) ou « He got Game » (1998) ne peuvent donc qu'interpeller le spectateur.

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L'indépendance artistique avant tout

Le caractère politique fort des longs métrages de Spike Lee attire généralement un large public, tant sur la scène américaine que sur la scène internationale. Cela n'empêche pas le réalisateur afro-américain de revendiquer son indépendance artistique. Pour lui, Hollywood n'est qu'un moyen pour arriver à ses fins. Il a d'ailleurs fondé sa propre compagnie de production en 1986. A travers cette dernière, la politique du réalisateur est d'engager un maximum d'Afro-américains à la production de ses films. Ce qui n'est pas toujours évident, puisque les syndicats américains comptent très peu de travailleurs noirs dans leurs rangs. Il faut savoir par exemple qu'en 1991, seuls deux directeurs de la photographie [1] afro-américains étaient syndiqués. Spike Lee produisit également d'autres cinéastes noirs, toujours dans le but de faire entrer les Afro-américains dans le métier. Et même si le nombre de réalisateurs noirs est plus important à Hollywood que les autres minorités, en 1999, les films réalisés par des Afro-américains ne totalisent que 5,4 % de la production totale [2] des grands studios.

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Financement vs authenticité

Cependant, la position des acteurs noirs n'est toujours pas évidente, même à notre époque. Ils doivent en permanence réfléchir à l'image qu'ils souhaitent donner au cinéma. Des têtes d'affiches comme Denzel Washington ou Halle Berry, même si elles participent aux grosses productions hollywoodiennes, retournent généralement au cinéma indépendant afro-américain, pour donner d'eux-mêmes une image plus authentique ou pour aider la commercialisation de film à petits budgets. Ils ont tout intérêt à financer ce type de cinéma qui leur offre les premiers rôles qu'Hollywood leur refuse. Certains acteurs financent d'ailleurs eux-mêmes les productions afro-américaines pour marquer leur engagement artistique. Néanmoins, il ne faut pas se leurrer, un réalisateur de la trempe de Spike Lee ne recevra probablement jamais d'Oscar et les Oscars offerts en 2002 à Halle Berry et Denzel Washington l'étaient pour deux grosses productions hollywoodiennes. L'industrie hollywoodienne n'est sans doute pas encore prête à récompenser le cinéma d'auteur afro-américain, qui revendique en général sa différence et sa fierté noire. Pourtant, alors que les Afro-américains constituent près de 13 % de la population, ils représentent 25 % du public en salle et les films afro-américains ou sur les Noirs se louent 50 % plus que le reste de la production américaine [3]. Il paraît donc aberrant que la production cinématographique tienne encore aujourd'hui si peu compte de cette frange de la population américaine.

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[1] Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p.60

[2] Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p.139

[3] Muhammad, Tarik K., Black Entreprise, « Film Noir », décembre 1997, p. 90 dans Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p.149

 
     
     
 
     
 
     
 
   
   

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