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Les débuts du cinéma afro-américain

 
  Un cinéma ancré dans la tradition américaine  
  A.V.L.  
  Dès le début du 20e siècle, les Afro-américains sont présents dans le cinéma américain. Même si au départ, ceux-ci sont généralement représentés de manière caricaturale et moqueuse, à partir de 1910, des réalisateurs noirs tentent, avec peu de moyens, de contrebalancer cette tradition. William J. Foster, Oscar Micheaux ou encore Spencer William, chacun à leur manière, marquent de leur empreinte l'histoire souvent difficile et semée d'obstacles des grands débuts du cinéma noir. Des réalisateurs blancs, aujourd'hui légendaires, tels qu'Elia Kazan ou Joseph Mankiewicz, participent aussi au long combat des Noirs américain pour se faire un place dans le cinéma.  
 

Un cinéma noir ancré dans la tradition américaine

Les Afro-américains ont toujours fait partie de la tradition cinématographique américaine. Même s'ils devront attendre longtemps avant de pouvoir produire ou réaliser eux-mêmes leurs films, ils sont présents dès la naissance du cinéma. Dès le début du 20e siècle, Edison est l'un des premiers cinéastes à montrer des Noirs américains dans ses films. Son film documentaire « Colored Troops Disembarking » (1898) montre par exemple des soldats noirs débarquant à Cuba. Alors que le discours raciste prédomine en ce début de 20e siècle, le montage n'existe pas encore ; ce qui permet aux Noirs d'apparaître à l'image tels qu'ils sont réellement. La caricature et les trucages ne sont donc pas possibles. Malheureusement, le théâtre - suivi du cinéma - et ses «  minstrel show  » ou « blackface » utilise alors des acteurs blancs maquillés en Noirs (cette pratique perdure dans les cabarets jusque dans les années 60). Le but est bien évidemment de se moquer des Afro-américains en les faisant passer pour des demeurés, des paresseux ou des peureux. C'est pour mettre fin à cette pratique que William Jones Foster crée, en 1910, la Foster Photoplay Company . Son film, « The Railroad Porter », tourné en 1912, est le premier film réalisé par un cinéaste afro-américain. Foster est également le premier d'une lignée de cinéastes noirs à se battre pour financer leurs films, même si cela signifie en tourner de manière irrégulière.

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« La Naissance d'une Nation »

En 1915, sort aux Etats-Unis le film « Naissance d'une nation ». Traitant de la guerre de Sécession, ce film glorifie le Ku Klux Klan et son idéologie de suprématie blanche. Ainsi, le cinéaste David Wark Griffith y évoque l'idée selon laquelle les Noirs seraient responsables de la désunion des Etats-Unis. Le réalisateur prône donc la terreur comme solution au problème de la présence des Noirs sur le sol américain. Ce film, purement raciste, rencontre pourtant un succès phénoménal dès sa sortie. Il est même salué par la maison blanche et le président Wilson. La N.A..A.C.P réagit violemment et manifeste à la sortie du film. Le seul moyen pour la communauté noire de réagir à ces insultes est de créer ses propres productions. Il devient en effet primordial pour ces derniers de montrer leurs propres images et leur vision de la société américaine. Les premiers contre-films font alors leur apparition.

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« La Naissance d'une Race »

C'est donc en réaction au film, « The birth of a Nation », qu'Emett J. Scott, encouragé par Booker T. Washington, décide de lancer son projet. Appelé au départ « Lincoln's Dream », le film est supposé s'inspirer de la biographie de Booker T. Washington, « Up From Slavery ». Mais faute de moyens, Scott doit rapidement renoncer à son idée. A la mort de Washington, il décide de se tourner vers des financiers blancs, grâce auxquels il réussit finalement à réaliser « the Birth of a Race », en 1918. L'équipe du film est majoritairement composée de Blancs, ce qui laisse peu de place à la vision afro-américaine du réalisateur. De plus, la question du racisme est totalement ignorée. Alors que le jeune homme voulait au départ insister sur l'importance des Noirs et leur progression sociale dans la société américaine, à l'arrivée, le film n'est « qu'une bucolique fresque historique qui commence dans le jardin d'Eden pour se terminer sur des images de réconciliation des hommes blancs et noirs par le travail de la terre.  [1] » Le film échoue totalement à sa sortie et ne répond absolument pas aux critiques et à l'image des Noirs donnée par le film « Naissance d'une nation ». Mais le point positif du film « Birth of a Race » est qu'il réussit malgré tout à faire parler de lui auprès de l'Amérique blanche. Il permet donc finalement au cinéma noir américain de se faire connaître et d'exister.

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Les débuts du cinéma indépendant noir

C'est à l'époque de la sortie du film « Naissance d'une nation » que l'ont voit apparaître le premier mouvement de cinéma indépendant noir. Entre 1913 et 1950, on compte environ 150 compagnies de production. L'une des plus célèbres, la Lincoln Motion Picture Company, est lancée à Los Angeles en 1916, par deux frères afro-américains, Georges P. et Noble Johnson. Cette compagnie tient sa force dans le fait qu'elle réussit toujours à garder ses distances par rapport au financement des Blancs. Elle put ainsi produire des films culturellement afro-américains, tels que : « The Realization of a Negro's Ambition » ou « Trooper of Troop K ». La Lincoln Company produisit une dizaine de films avant de faire faillite en 1924. Une autre compagnie célèbre, la Frederick Douglass Film Company, est cependant mise sur pied en 1919, dans le New Jersey. Mais, il ne faut pas se faire d'illusions. Sur les 150 compagnies présentes dans le paysage cinématographique de l'époque, seule la moitié produit effectivement des films ; l'autre moitié existe mais manque cruellement de moyens. De plus, la plupart d'entres elles feront faillite lors de la grande crise des années 30.

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Oscar Micheaux

Les productions noires des années 20 évitent en général les sujets tabous tels que le lynchage, le racisme ou la place des Noirs dans la société. Elles préfèrent se baser sur le modèle blanc de la société américaine, en privilégiant des valeurs telles que la famille. Oscar Micheaux va pourtant se démarquer considérablement de ce modèle. Ce romancier, originaire de l'Illinois, décide de se lancer dans le cinéma parce qu'il souhaite porter l'un de ses romans, « The Homesteader » (1919), à l'écran. Cet ouvrage autobiographique évoque la problématique du mariage interracial. Cinéaste polémique et avant-gardiste, Micheaux profite des gains engendrés par ce premier film pour se frayer un chemin dans le paysage cinématographique. Alors qu'à l'époque seuls quelques films (pour l'essentiel des courts métrages ou des documentaires) sont réalisés, produits ou écrits exclusivement par des Noirs, Micheaux va rapidement devenir l'un des cinéastes les plus prolifiques de sa communauté. Avec peu de moyens, il réussit à attirer l'attention des spectateurs noirs, pourtant amateurs de la qualité des productions hollywoodiennes, en osant des sujets plus sensibles et controversés. Alors que la plupart des salles de cinéma sont encore interdites au public noir, il va démarcher chez les propriétaires de salles blancs, pour tenter de convaincre ces derniers d'ouvrir leurs salles au public noir certains jours de la semaine.

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Un cinéaste indépendant et prolifique

Alors que l'industrie du cinéma américain commence seulement à reconnaître l'existence d'un cinéma noir, Micheaux réussit à réaliser plus de 40 films, entre 1919 et 1940 [2]. Son secret est de ne jamais créer de grosse compagnie de production et de se relever après chaque faillite. Il ose également aborder des sujets sensibles comme la problématique du lynchage, ce qui ne plaît pas à la plupart des distributeurs, ni à une partie de la communauté noire. Il réussit néanmoins à rester indépendant, se préservant ainsi de l'influence des producteurs blancs, au contraire d'Emmet Johnson. Mais Micheaux n'échappe cependant pas à la censure. Pourtant, même si Micheaux prône l'éducation et la culture pour aider les Noirs à sortir de leur condition, il reproduit les stéréotypes véhiculés par le cinéma américain de l'époque. Dans ses films, le héros a en effet toujours la peau plus claire que le méchant. Sa volonté est peut-être de différencier ses acteurs noirs des caricatures présentées dans les films hollywoodiens de l'époque. Malgré cela, ce réalisateur exemplaire est surtout considéré comme l'un des premiers cinéastes à avoir donné une vision afro-américaine de la société américaine. Il est mort en 1951, à l'âge de 67 ans, alors qu'il était en train d'essayer de démarcher des salles de cinéma.


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Spencer William

Moins important que Micheaux, Spencer William marque aussi de son empreinte la production cinématographique noire de l'époque. Ingénieur du son, il entre dans l'industrie vers la fin des années 1920. Alors que le cinéma est en pleine transition du muet vers le sonore, il est engagé par les studios Christie. D'abord acteur et dialoguiste, il se lance dans la réalisation, en 1940. Moins controversé que Micheaux, il eut plus de facilité à faire produire ses films et bénéficia donc de moyens techniques supérieurs. Son film, « The Blood of Jesus » (1941) évoque les rites religieux des afro-américains. Suivront différentes comédies dramatiques, telles que « Of One Blood » (1944) ou « The Girl in Room 20 » (1946). Au même titre que Micheaux, il est considéré aujourd'hui comme l'un des pionniers du cinéma noir américain.

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Le cinéma d'après-guerre

A la fin de la Seconde guerre mondiale, même si les Noirs n'ont pas réussi à obtenir ce qu'ils espéraient en matière de droits civiques, le cinéma modifie quelque peu leur image. Des cinéastes blancs, comme Elia Kazan et son « Héritage de la Chair  » , ou Joseph L. Mankiewicz et « La porte s'ouvre », traitent pour la première fois des problèmes liés au racisme. De nombreux autres cinéastes blancs, tels qu'Otto Preminger, permettent ainsi aux Noirs de se détacher des stéréotypes véhiculés par le cinéma américain. Un premier pas important qui va faire évoluer peu à peu les mentalités de la population américaine.

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[1] Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p. 16

[2] Crémieux, Anne, 2004, Les cinéastes noirs américains et le rêve hollywoodien, Paris, Harmattan, p. 19

 
     
     
     
     
     
     
     

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