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Profiling racial

 
 

Le 11 septembre, un nouveau pas en arrière pour les droits constitutionnels des Afro-américains

 
  A.V.L.  
  Les différentes politiques gouvernementales américaines, prises en réaction aux attentats du 11 septembre 2001, ont fortement entaché les libertés fondamentales des citoyens. Le Profiling racial a ainsi refait son apparition en force aux Etats-Unis. Cependant, contrairement aux origines historiques de cette politique, qui ciblait alors essentiellement les Noirs, le profiling racial s'est aujourd'hui élargit à d'autres minorités, comme les Arabes et les Musulmans. C'est donc toute la lutte pour les droits civiques, longtemps menée par les Afro-américains qui se retrouve à nouveau dans une position délicate.  
 

Le 11 Septembre 2001,
un nouveau pas en arrière pour les libertés

Juste avant le 11 septembre 2001, le Congrès était sur le point de passer une loi interdisant le profiling racial. Lors des débats présidentiels précédant son élection, George Bush réaffirme cette volonté. Les Noirs commencent alors seulement à gagner leurs batailles juridiques contre le profiling racial, largement utilisé par la police américaine. Malheureusement, après les attaques terroristes contre les tours jumelles, la pratique du profiling racial redevient partie intégrante de la pratique policière américaine. On peut penser que les Noirs américains n'ont rien à craindre, puisque les nouvelles cibles du profiling racial de l'après 11 septembre sont principalement les Musulmans et les Arabes, mais ce n'est bien sûr pas aussi évident.

Même si le profiling racial touche désormais plus directement les personnes originaires du Moyen-Orient, il ne faut pas oublier que ce terme fut d'abord associé au sort réservé aux Afro-américains, tout au long de leur histoire. Cette nouvelle acceptation du profiling racial par la population ne peut donc qu'être négative pour la communauté noire. Les Noirs se sont longtemps battus contre les abus des polices locales, du FBI et des suprématistes blancs tels que le Ku Klux Klan , qui ne s'attaquaient à eux que sur base de la couleur de leur peau. Ils se sont également toujours battus pour obtenir les droits civiques, qui leur avaient été confisqués dès leur arrivée sur le continent américain. La politique du gouvernement américain, dans l'ère qui suit le 11 septembre, tendant à privilégier systématiquement la sécurité et la lutte antiterroriste plutôt que les libertés individuelles et les droits des citoyens américains, va totalement à l'encontre de ce pour quoi les Noirs ont longtemps combattu.

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Le patriot act et le profiling racial

Six mois après l'entrée en vigueur du Patriot act, un militant des droits civiques, Al Sharpton, également candidat démocrate à la présidence, explique que la façon dont John Ashcroft (alors ministre de la justice) réduit les droits civiques des citoyens est comparable à la façon dont « Martin Luther King a eu affaire à J. Edgar Hoover ». Il ajoute qu' « ils ont dû mettre le Dr. King sur écoute en douce. Mais nous mettre sur écoute [aujourd'hui] est rendu légal. Et nous devons résister » [1]. Sharpton s'inquiète de voir le profiling racial des Musulmans et des Arabes s'étendre à nouveau à toutes les minorités. L'Islam est la seconde religion la plus importante aux Etats-Unis et les Afro-américains comptent pour un quart (2,5 millions) [2] des Musulmans américains. Il est donc normal que ces derniers voient les nouvelles mesures antiterroristes du Président Bush d'un œil inquiet.

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Les Afro-américains, des citoyens américains à part entière ?

Les Blancs n'ont jamais eu à s'inquiéter de telles mesures. Depuis le début de l'histoire américaine, ils ont toujours été considérés comme des citoyens américains à part entière. Les Afro-américains, au contraire, ont dû se faire une place dans cette société et se demandent si le gouvernement américain leur reconnaissait vraiment les mêmes droits qu'aux Blancs. Le gouvernement n'a en effet jamais hésité à utiliser la loi comme moyen d'arriver à ses fins. Si on remonte à l'époque du Sud esclavagiste, on remarquera que, même après les 14ème et 15ème amendements à la Constitution, les pouvoirs locaux et de nombreux Etats mirent tout en œuvre pour contourner ces nouveaux amendemants. Pendant les années 1960 et 1970, période à laquelle les mouvements noirs pour la lutte des droits civiques se mirent en place, de nombreux leaders furent persécutés par les services du gouvernement. Les exemples les plus parlants sont la mise sur écoute de Martin Luther King, et surtout le harcèlement et les assassinats des membres clés des Black Panthers. En effet, entre 1956 et 1971, le FBI mit en place des campagnes d'infiltration des organisations afro-américaines. L'opération COINTELPRO, menée par J. Edgar Hoover, permit d'ailleurs au FBI d'espionner les possibles dissidents politiques [3].


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La loi comme moyen de limiter les libertés

Le patriot act, mis en place dans la foulée des attentats de 2001, ne s'attaque pas seulement aux minorités musulmanes et arabes, mais également aux droits civiques et aux libertés de tous les citoyens américains. Sur ce point, Jesse Jackson affirme que « nous sommes dans un état de terrible danger. Une aile d'extrême droite s'est emparée des rênes du pouvoir » [4]. Parce que toutes les mesures liberticides de l'après 11 septembre ne disparaîtront pas lorsque les choses se seront calmées. Et le seul moyen de lutter pour les droits civiques et les libertés est de traduire ces volontés sous forme de loi ou dans la constitution américaine. Or aujourd'hui, c'est exactement l'inverse qui est en train de se produire. Le département de justice utilise la loi pour diminuer les libertés et les droits civiques des citoyens. Et comme à chaque période de crise, ce sont les minorités qui se retrouvent en première ligne.

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[1] ACLU, A New Era of discrimination, September 2003, p. 11

[2] Idem, p. 12

[3] Idem, p. 14

[4] Idem, p. 15
 
     
     
 
     
     
     
     

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