Courrier international - n° 790-791 - 22 déc. 2005

Enquête PLONGÉE DANS LE MISSISSIPPI RACISTE
Qui a participé au martyre d'Emmett Till ?

par Kurt Mälarstedt Dagens Nyheter




Il y a cinquante ans, un adolescent noir a été sauvagement assassiné dans le Mississippi. Et ses meurtriers blancs ont été acquittés. Cette affaire – qui a contribué à déclencher le combat pour les droits civiques – pourrait connaître de nouveaux rebondissements judiciaires. Cette photographie terrifiante est l'une des plus importantes de l'époque du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. Elle a été prise en septembre 1955, il y a cinquante ans, et montre le cadavre du jeune Emmett “Bobo” Till, un adolescent noir de 14 ans originaire de Chicago, battu à mort par deux hommes blancs pour avoir – peut-être – sifflé une femme blanche, épouse de l'un des deux hommes. Il a été jeté dans la rivière Tallahatchie avec un vieux ventilateur d'entrepôt attaché au cou par du fil de fer barbelé. Son corps n'a été retrouvé que trois jours plus tard.

Le jeune garçon était arrivé dans le petit village de Money, dans le Mississippi, à la fin du mois d'août 1955, pour rendre visite à des proches. Trois jours après son arrivée, il est allé avec quelques autres jeunes dans un magasin du village pour y acheter des bonbons. Peut-être a-t-il lancé : “Bye, baby” à Carolyn, la jeune épouse de Roy Bryant, le propriétaire de la boutique. Peut-être même lui a-t-il serré la main. Quelqu'un a affirmé qu'il l'avait sifflée. Les témoignages divergent, mais, quoi qu'il se soit passé, Roy Bryant l'a appris lorsqu'il est revenu quelques jours plus tard à Money, après un déplacement professionnel. Ni lui ni son demi-frère, J.W. “Big” Milam, n'ont aimé ce qu'ils ont entendu sur le comportement du jeune Noir. La photo du corps sans vie d'Emmett Till a été publiée dans Jet Magazine, une revue dirigée par des Noirs. Quelques jours plus tard, sans surprise, un jury blanc du Mississippi acquittait Roy Bryant, 24 ans, et J.W. Milam, 36 ans, accusés à juste titre d'avoir torturé et assassiné Emmett Till. Quatre mois plus tard, les deux demi-frères – qui avaient nié au tribunal – avouaient leur crime dans un entretien au magazine Look en échange d'une belle somme. Car ils ne risquaient rien : la loi d'alors interdisait qu'ils puissent être rejugés pour les mêmes faits. Mais une grande partie de la population blanche de Money les rejeta, et les Noirs se mirent à boycotter leur magasin. Si bien que les deux demi-frères émigrèrent au Texas au bout de quelques années.

Au départ, ils voulaient seulement effrayer le jeune Emmett Till, ont-ils raconté à William Bradford Huie, le reporter de Look. Ils étaient allés chercher le garçon et l'avaient emmené sous la menace d'un pistolet. Ils l'avaient battu comme plâtre, l'avaient menacé, dans le but de lui donner une bonne leçon. Mais Bobo n'avait pas craqué. “Salauds, vous ne me faites pas peur. Je suis aussi bien que vous. J'ai eu des femmes blanches. Ma grand-mère était blanche”, aurait-il crié à Roy Bryant et à Big Milam. “Qu'est-ce qu'on pouvait faire ? Il était têtu comme une mule”, a raconté par la suite “Big” Milam. “Je ne suis pas un tyran, je n'ai jamais fait de mal à un Noir de toute ma vie. J'aime les Noirs – quand ils se tiennent à carreau – et je sais les faire travailler. Mais j'ai décidé qu'il était temps d'en rappeler quelques-uns à l'ordre. Tant que je vivrai, je veillerai à ce que les Noirs restent à leur place. Les Noirs ne voteront pas chez moi. Ils n'iront pas à l'école avec mes enfants. Et, si l'un d'entre eux fait des propositions à une femme blanche, c'est qu'il en a marre de vivre et je le tuerai. Moi et les miens nous nous sommes battus pour ce pays et nous avons certains droits. Alors, je lui ai dit : ‘Petit gars de Chicago, j'en ai marre qu'ils envoient des types comme toi ici pour faire des histoires. Je vais faire de toi un exemple – pour que tout le monde sache ce qu'on pense, moi et les miens.'”

Avant de partir pour Money, dans le Mississippi, voir l'épicerie Bryant's Grocery and Meat Market où Emmett Till aurait sifflé l'épouse de Roy Bryant il y a cinquante ans, nous empruntons le métro de New York pour rencontrer le cinéaste Keith Beauchamp. Il affiche un air décontracté et réjoui. Car son documentaire The Untold Story of Emmett Louis Till – qui est sorti en août 2005 dans plusieurs grandes villes américaines – a été bien accueilli par la critique. Il y a un an et demi, le réalisateur avait déjà indiqué aux autorités du Mississippi et de Washington ce qu'il avait découvert pendant la préparation du film. Et ses révélations ont fini par entraîner la réouverture de l'affaire Emmett Till. Keith Beauchamp a en effet retrouvé des témoins dont les déclarations laissent entendre que jusqu'à quatorze personnes, outre Roy Bryant et Big Milam, sont susceptibles d'avoir été impliquées dans le meurtre. A la différence de Bryant et de Milam, cinq d'entre elles sont encore en vie. L'une d'elles n'est autre que l'épouse outragée, Carolyn Bryant, qui est aujourd'hui âgée de 71 ans. Une autre est Henry Lee Loggins, un vieil homme noir de 82 ans, qui est soupçonné d'avoir aidé – peut-être sous la contrainte – les deux demi-frères à attacher Emmett Till et à nettoyer leur véhicule après le crime.

Keith Beauchamp – qui est noir – a aujourd'hui 34 ans. Lorsqu'il est né, Emmett Till était mort depuis seize ans. Il se souvient de la première fois qu'il a entendu parler de cette affaire. “Je devais avoir 10 ans, j'étais dans le cabinet de travail de mes parents, à Baton Rouge, en Louisiane, et je feuilletais de vieux journaux. Je suis tombé sur cette photo atroce dans Jet Magazine et je ne comprenais pas ce que c'était. J'étais bouleversé. Mes parents m'ont raconté l'histoire et, depuis ce jour, la photo comme le destin d'Emmett Till ont été présents dans tout ce que je faisais : à l'école, quand je rencontrais des filles, quand je sortais avec des copains. ‘Ne laisse personne te faire ce qui est arrivé à Emmett Till', me disaient mes parents quand je sortais le soir.” La mise en garde était devenue si courante que Keith Beauchamp finissait par ne plus l'entendre. Mais, un jour, il a été frappé par des policiers. Il pense que c'est parce qu'il sortait à l'époque avec une fille blanche. “C'était en 1989, deux semaines avant que je termine le lycée. Ç'a été l'élément déclencheur. Si je voulais venir à bout du racisme dans ce pays, je me suis dit qu'il fallait que je devienne moi-même une partie du système. Et j'ai décidé d'étudier le droit à l'université de Baton Rouge pour devenir avocat et me battre pour les droits civiques.”

Les choses ne se sont pas passées comme il l'avait prévu. Il a déménagé à New York, où il a commencé à réaliser des clips vidéo. Il n'a jamais étudié le cinéma, mais, quand un jour on lui a proposé de réaliser une fiction, le premier sujet qui lui est venu à l'esprit a été l'histoire d'Emmett Till. “Pour finir, c'est devenu un documentaire, en partie parce que j'ai pu rencontrer la mère d'Emmett.” Mamie Till Mobley était une femme forte, une des héroïnes du mouvement des droits civiques. Elle s'est opposée aux autorités de l'Etat du Mississippi lorsque celles-ci ont jugé préférable d'inhumer la dépouille de son fils sur place, dans le Mississippi. Elle a exigé que son corps soit rapatrié à Chicago. Tout comme elle a réclamé qu'il soit exposé dans son cercueil avant d'être inhumé, afin que tous puissent voir les sévices qu'il avait subis. Des dizaines de milliers de gens ont ainsi défilé devant Emmett Till, et c'est à ce moment-là qu'a été prise la photographie publiée dans Jet Magazine. Mamie Till Mobley est morte il y a presque deux ans, avant que Keith Beauchamp n'ait le temps d'achever son film et que le ministère de la Justice ne décide de rouvrir l'enquête sur laquelle elle avait travaillé pendant plusieurs dizaines d'années.
Des témoignages ont démontré la culpabilité de Bryant et de Milam dans le kidnapping d'Emmett Till. Peu de gens doutaient que les deux demi-frères aient aussi tué le jeune garçon. Pourtant, de nombreux Blancs du Mississippi estimaient que les organisations noires du mouvement nordiste pour les droits civiques et leurs partisans libéraux se servaient du meurtre pour imposer à l'Etat, et même à l'ensemble des Etats du Sud, des changements qu'ils n'étaient pas encore disposés à accepter. L'affaire a en effet connu un retentissement énorme à l'échelle nationale et internationale. Des centaines de journalistes et de photographes sont venus couvrir le procès. Mais, afin de permettre au jury d'acquitter malgré tout Bryant et Milam, le shérif H.C. Strider, chargé de l'enquête, s'est mis en devoir de créer un rideau de fumée, en arguant devant la cour que ce n'était pas le corps d'Emmett Till qui avait été repêché dans la Tallahatchie , alors que le corps avait été identifié par sa mère grâce à une bague. Selon le shérif, le garçon – qui n'avait que 14 ans – se serait enfui à Chicago et serait en vie. Le jury n'est resté qu'une heure et huit minutes en salle de délibération avant de rendre son verdict. Un jeune étudiant blanc, Hugh Stephen Whitaker, s'est entretenu avec l'ensemble des jurés quelques années plus tard. Et il a découvert qu'ils étaient tous intimement persuadés de la culpabilité de Bryant et de Milam. Mais le shérif leur avait donné la possibilité de les acquitter en bonne conscience et ils en avaient profité.

David Jordan était à Sumner [chef-lieu du comté de Tallahatchie] pendant le procès. Il raconte sa stupéfaction lorsqu'il a vu des journalistes blancs venus des Etats du Nord converser d'égal à égal avec des reporters noirs et lorsqu'il a aperçu la mère d'Emmett Till accompagnée au tribunal par un membre noir du Congrès, Charles Diggs. “L'affaire Emmett Till est à l'origine du mouvement des droits civiques dans le Sud”, rappelle-t-il aujourd'hui. En sa qualité de sénateur au Parlement de l'Etat du Mississippi, il a pris, au printemps 2005, l'initiative de rebaptiser un tronçon de l'autoroute 49, qui traverse l'Etat, “Emmett Till Memorial Highway”. Il est aussi l'un des promoteurs du projet de transformation de l'épicerie Bryant's Grocery and Meat Market en musée. Ironie du sort, l'immeuble délabré est aujourd'hui la propriété de l'un des douze jurés blancs qui ont acquitté Roy Bryant et J.W. Milam. “Il demande des millions pour un immeuble qui ne vaut peut-être que quelques milliers de dollars”, lance David Jordan d'un ton presque désabusé.

Un ouvrier agricole noir du nom de Willie Reed a raconté à la barre qu'il avait vu Emmett Till sur la plate-forme arrière du camion de Milam, et que deux Noirs et deux autres Blancs, outre Bryant et Milam, se trouvaient à l'intérieur du véhicule. Peu après, il a vu le camion garé à côté d'une grange, non loin de la petite ville de Drew, et il a entendu les cris d'un jeune garçon qu'il a pensé être Emmett Till. En 2004, dans un entretien télévisé, il a raconté qu'il pouvait encore entendre les cris et les coups dans sa tête. Après un moment, Milam et trois autres Blancs sont sortis de la grange. Milam, pistolet au poing, a demandé à Reed s'il avait entendu quelque chose. L'ouvrier agricole a répondu par la négative. “Pourquoi avez-vous dit que vous n'aviez rien entendu ?” lui a demandé le journaliste de la télévision. “Vous aviez pourtant été témoin de ce passage à tabac ?” “Oui, a-t-il répondu. Mais que vouliez-vous que je dise face à un pistolet ?”

Nous poursuivons notre route jusqu'à Glendora, une de ces petites villes du delta oubliées par le progrès. La voie de chemin de fer partage la localité en deux, et le passage à niveau, non sécurisé, est régulièrement le théâtre d'accidents mortels. La ville – si l'on peut parler de ville – est située à quelques kilomètres de l'endroit où Emmett Till a été jeté dans la Tallahatchie. Là , une femme nous indique la maison du maire, Johnny B. Thomas. C'est le fils de Henry Lee Loggins, mis en cause par un journaliste noir qui, en octobre 1955, avait dévoilé la présence de Noirs sur la plate-forme du camion de Big Milam la nuit où Emmett Till avait été enlevé et assassiné. Il avait soulevé la question de la complicité de Noirs dans cet odieux crime raciste au moment où démarrait le combat pour les droits civiques. “Ils ont peut-être été obligés. C'était Emmett Till ou eux”, répond aujourd'hui Johnny B. Thomas. Il n'a plus beaucoup de contacts avec son père, mais il lui a rendu visite, il y a quelque temps, dans la maison de retraite de l'Ohio où il réside. Aujourd'hui, il tente d'obtenir l'immunité pour son père. “Cela le soulagerait. Je veux savoir ce qui s'est réellement passé. Aujourd'hui, on a l'impression que certains essaient de récrire l'histoire pour en faire un complice, alors que tout le monde sait que les Noirs étaient obligés de faire ce que leurs employeurs leur demandaient.”

“Nous ne laisserons pas mourir l'histoire.”
Joyce Chiles est procureur dans le quatrième district du Mississippi. C'est elle qui décidera des inculpations après le nouvel examen de l'affaire Emmett Till par le FBI et les autorités locales. Elle a suivi de près les progrès de l'enquête et a reçu il y a quelques semaines le rapport final des enquêteurs. Avec ses collaborateurs, elle s'est préparée scrupuleusement. Elle-même était présente lorsque le corps d'Emmett Till a été exhumé, à Chicago, pour être examiné, ce qui n'avait pas été fait en 1955. Toutefois, Joyce Chiles se garde bien de spéculer sur d'éventuelles inculpations. Elle avoue néanmoins que cette affaire revêt une importance particulière pour elle, en tant qu'Africaine-Américaine, en tant que citoyenne du Mississippi et en tant que procureur. Quelles seraient les implications d'une éventuelle inculpation de Noirs américains pour ce crime ? “J'inculpe des Noirs américains presque tous les jours… Mais, dans ce cas précis, la question est de savoir s'ils ont été effrayés, menacés ou contraints de prendre part à ce crime. S'il s'avère qu'ils y ont participé activement, de leur plein gré, alors oui, ils seront inculpés.”

Nous passons devant la maison de Carolyn Donham sur East Rebecca Drive, elle qui s'appelait jadis Carolyn Bryant et qui a probablement dénoncé Emmett Till à son mari de l'époque et à son demi-frère en leur demandant de s'occuper de lui. Si c'est vrai, cela fait d'elle une complice. Le FBI l'a d'ailleurs entendue. Elle ne répond pas au téléphone lorsque nous l'appelons. Sur la pelouse, devant sa modeste maison, un écriteau menace de poursuites les importuns qui oseraient s'approcher. “Même si l'enquête conduit à des inculpations, je crois qu'il va être très difficile d'obtenir des condamnations”, nous dit le journaliste Jerry Mitchell. Nous le rencontrons dans son petit bureau à la rédaction du Clarion-Ledger, à Jackson, la capitale du Mississippi. Ses enquêtes ont aidé la justice à mettre la main sur un grand nombre de coupables d'assassinats de militants des droits civiques dans les années 1960. Le fond d'écran de son ordinateur montre encore les portraits de trois jeunes hommes assassinés dans l'affaire du Mississippi Burning, en 1964, un crime pour lequel l'octogénaire Edgar Ray Killen a été condamné, en 2004, à la prison à perpétuité. “La clé de la réussite, quand on déterre ces vieilles affaires judiciaires, c'est la qualité de l'enquête criminelle réalisée à l'époque des faits. Plus l'enquête a été bâclée, plus il est difficile d'obtenir des condamnations. Dans l'affaire Emmett Till, par exemple, l'épouse de Roy Bryant n'a pas été inculpée lors du premier procès. Ses déclarations de l'époque ne peuvent donc pas être utilisées contre elle”, rappelle-t-il.

Jerry Mitchell, comme d'autres journalistes qui suivent l'affaire, est particulièrement intéressé par deux pistes fournies par le film de Keith Beauchamp. La première concerne un mandat d'arrêt que le FBI a lancé en 1955 contre Carolyn Bryant. Pourquoi ce mandat d'arrêt n'a-t-il pas été utilisé ? Carolyn Bryant ne devait pourtant pas être difficile à trouver. La seconde concerne Henry Lee Loggins, l'employé noir de Big Milam, qui manifestement sait très bien ce qui s'est passé la nuit du meurtre. Comment Loggins peut-il en savoir autant s'il n'était pas lui-même sur les lieux, ce qu'il nie ? Autant de questions que la justice pourra peut-être trancher aujourd'hui. Avant de repartir, nous rencontrons Savannah et Netha Liggins à Memphis, Tennessee. Elles ont vu le film de Keith Beauchamp sur Emmett Till. Africaines-américaines, elles ne veulent pas retourner dans le Mississippi, où elles ont pourtant leurs racines. “Je crois que le film montre bien ce qui s'est passé et pourquoi ça s'est passé. Mais combien d'autres Emmett Till ont-ils été torturés de la sorte ?” demande Netha Liggins. “C'est bien de montrer aux jeunes générations d'Américains ce qui s'est passé il y a tout juste cinquante ans”, ajoute-t-elle. Les deux sœurs estiment que l'Etat du Mississippi doit, dans son propre intérêt, organiser un nouveau procès Emmett Till.


MEMOIRES
Le combat n'est pas terminé
“Si vous ne pensez pas qu'un film peut changer le monde, c'est sans doute parce que vous n'avez pas vu The Untold Story of Emmett Louis Till”, affirmait le Chicago Tribune après la sortie du documentaire ((www.emmett tillstory.com>) réalisé par Keith Beauchamp, en août 2005 (sa sortie en France n'est pas encore prévue). Il est rare, en effet, qu'une œuvre de cette nature permette à la justice de reprendre une affaire qui avait pourtant été classée, il y a cinquante ans, après l'acquittement des deux principaux accusés, Roy Bryant et J. W. Milam. “L'enquête que j'ai menée pour réaliser ce film m'a permis de découvrir qu'au moins quatorze personnes étaient impliquées dans le kidnapping et le meurtre d'Emmett Till, explique Beauchamp. Cinq d'entre eux étaient noirs. Ils étaient employés par Bryant et Milam et ont probablement été forcés de participer à ce crime.” Il était essentiel pour lui que les choses soient dites et que la justice rouvre le dossier. “A l'époque, il y a bien eu un procès, mais aucune enquête de police digne de ce nom n'a été menée. Il aurait fallu interroger les jeunes qui accompagnaient Emmett le jour où il est allé dans cette boutique pour savoir ce qui s'était vraiment passé. Aucun des témoins cruciaux n'a été entendu par la police. J'ai donc cherché à retrouver le fil de l'histoire et à éclairer la justice”, poursuit Keith Beauchamp. Il n'est pas le seul à le souhaiter. Les journalistes du quotidien Montgomery Advertiser, dans l'Alabama, ont aussi voulu rappeler à leurs lecteurs, mais aussi au reste de la population américaine, que le combat mené contre le racisme et pour les droits civiques n'était pas terminé. En témoigne leur site Internet (www.montgomeryboycott.com/frontpage.htm) qu'ils ont décidé de consacrer à la mémoire de tous ceux qui se sont engagés pour la reconnaissance de leurs droits. De la mort d'Emmett Till à Martin Luther King, en passant par Rosa Parks, le quotidien retrace leur histoire, notamment en offrant accès à plus de 500 articles parus dans ses colonnes entre 1955 et 1957.



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